L’ancienne maire juge Yves-Farge

Simone Rossignol a été à l'origine de la création de la société d'économie mixte municipale, l'actuelle Saemcib. Photo LMM

Simone Rossignol est une figure emblématique du passé communiste de Bègles. Élue au conseil municipal dès 1945, elle devient maire en 1971. Première femme à occuper un tel poste au sein de la communauté urbaine de Bordeaux, elle quitte ses fonctions en 1984. Âgée aujourd’hui de 92 ans, cette femme militante n’a rien perdu de son engagement. Elle a accepté de nous livrer sa vision de l’évolution d’Yves-Farge.

Simone Rossignol nous accueille chez elle à Bègles, dans sa maison familiale. Béquille au bras, la nonagénaire se déplace difficilement. « Une opération du col du fémur à mon âge, ce n’est jamais bon », soupire-t-elle. A l’intérieur, la pièce est lumineuse, le décor chaleureux : mobilier sobre, souvenirs de voyage, dessins d’enfants et photos de famille. Installée dans son salon, elle se replonge sans difficulté dans ses souvenirs. Dès les premières minutes, le ton est donné : « Une chose me hérisse, c’est que l’on considère que tout ce qui a été fait est mauvais. On démolit pour reconstruire alors que cela coûte le double. »

En cause, la politique de réhabilitation menée par Noël Mamère au quartier des Terres Neuves. « Il veut apparaître comme le sauveur de Bègles, mais Bègles n’avait pas besoin de sauveur ! » Elle connaît bien le terrain puisqu’elle a été à l’origine de la construction de la cité Yves-Farge en 1964. « Il y avait 448 logements attribués en majorité aux Béglais ou à des gens qui travaillaient à Bègles. » Car l’urgence dans les années 60, c’était bien le logement. « Nous avions au moins 1500 demandes dans les tiroirs », précise-t-elle dans son livre Je me souviens… Propos d’une femme militante de Bègles (éd. Les nouvelles de Bordeaux et du Sud-Ouest, 2008).

Cette problématique devient son cheval de bataille. Dès 1959, elle en est chargée en tant qu’adjointe, une responsabilité prise très à cœur. « J’ai connu des maisons qu’on a partagées avec des cloisons en carton pour créer un peu d’intimité. » A l’époque, la construction des tours permet d’améliorer considérablement les conditions de vie des habitants.

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Simone Rossignol remet les choses en perspective : « Bègles était avant tout une cité populaire ». Une notion qui, selon elle, n’a pas été suffisamment prise en compte par l’actuelle municipalité. « Ils auraient pu rénover Yves-Farge sans démolir les tours », symboles de l’identité ouvrière béglaise. Leur destruction signe la fin d’une époque où régnait « l’esprit de solidarité ».

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Sébastien JAIME et Leïla-Mathilde MECHAOURI