Relogés, oui, mais à quel prix ?

La mairie avait promis de reloger à proximité, sans augmentation de loyer ou presque, tous les habitants touchés par la démolition des logements sociaux de la cité Yves Farge. Promesse tenue ? Tour d’horizon chez quatre locataires.

Malgré une apparence extérieure austère, les maisons Bühler étaient en 2008 pour madame Serban*,  une belle opportunité de relogement puisque la partie du bâtiment A dans laquelle elle résidait allait être démolie : même surface pour un coût sensiblement identique. Une affaire en or. Du moins en apparence : les économies qu’elle devait réaliser avec la baisse des charges promise par son bailleur, la Saemcib, ont été englouties par le prix du chauffage (70 euros), du parking (15 euros) et de l’eau (25 euros) qui, jusque-là, étaient compris dans son loyer. Alors que ses dépenses mensuelles augmentaient de 40 euros, elle s’est aperçue que les espaces de rangement avaient quant à eux diminué de 35 m². Son déménagement lui laisse un goût amer et quelques meubles en moins dont elle a été obligée de se séparer.

L’arrivée aux prés Lacoste de monsieur Lambert a été autrement plus douloureuse. Ancien habitant de la tour E, il ne digère pas sa démolition : « Ce sont ceux qui n’habitaient pas dans les tours qui ont dit qu’on ne pouvait plus y vivre ». Malgré un appartement de même taille et le nouveau confort d’un balcon, il regrette sa cave, range son vélo dans son salon et paye désormais 18 euros par mois pour garer sa voiture. Il dénonce un loyer, charges comprises, supérieur de 115 euros à ce qu’il payait il y quelques mois dans la tour. Et deux pneus crevés la première semaine. « Là-bas personne n’aurait touché mon vélo, alors qu’ici… ». Quand l’adjoint à l’urbanisme Jean-Etienne Surlève-Bazeille promettait « un delta d’augmentation d’environ 15 euros », il était loin du compte.

Si les luxueuses bâtisses de la rue Marc Sangnier demeurent encore à moitié vides, ce n’est pas qu’une question de bouderie mondaine. La hausse de loyer de plus de 100 euros sur certains logements a empêché quelques familles d’intégrer le cercle très fermé des relogés de Belle-Rose. Pourtant la situation est loin de déplaire à tout le monde. Pour Madame Morin, c’est même un soulagement d’avoir emménagé dans sa nouvelle résidence. Elle dispose d’un duplex, d’une surface au sol plus importante, d’un jardin privé et semble y trouver son compte : « Il est vrai que l’on paye plus cher mais maintenant ma fille peut aller dans le jardin et mon fils faire du vélo tous les jours. Il y a même un code à la porte. C’est vraiment plus sécurisé. » Un bémol toutefois : elle craint qu’un parking ne voit le jour à quelques mètres du si beau jardin.

Le plan de rénovation des autres bâtiments génère aussi son lot d’inquiétudes. Dans le bâtiment B, la hausse des loyers n’est pas encore effective mais tout porte à croire qu’ils devraient augmenter. « Nous n’avons pas eu de chauffage pendant plus de deux mois en plein hiver l’année dernière », explique une locataire. « Et pourtant notre facture a augmenté de 200 euros ! Il faisait 13 degrés dans les appartements. Mon voisin sortait tout juste de l’hôpital. La Saemcib aurait pu faire un geste. J’ai une petite retraite alors quand les travaux seront terminés, j’espère que je pourrais toujours payer mon loyer. »

Florent CUSTODIO

*A la demande des locataires, les noms ont été modifiés

Voir aussi  La facture salé des relogés d’Yves Farge