« Yves Farge, c’est ici. Les Terres Neuves, c’est là-bas. »

Géographiquement, le bloc est uni. Mais socialement, la division règne. D’un côté, les Terres Neuves et l’expansion d’entreprises du septième art. De l’autre, les habitants d’une cité condamnés à la figuration.

La séparation entre Yves Farge et les Terres Neuves vue par les filles du quartier (graffiti mural réalisé au Point Accueil Jeunesse). Photo AC

25 décembre 2074 : la température affiche 35 degrés à Bègles. Rien d’anormal depuis le réchauffement climatique. Sauf qu’en cette période de festivités, le niveau des océans s’est subitement envolé. Frappée de plein-fouet, la population bordelaise se rue dans un Centre de réfugiés climatiques des Terres Neuves. Ce court-métrage d’Antipode TV, tourné fin 2009 dans un des BT, s’appuie sur des chiffres très réalistes d’experts sur les effets du changement climatique.

D’autres données,  moins futuristes, soulignent la réalité ambivalente des lieux. Depuis 2002 et le rachat des terrains militaires par la commune, une soixantaine d’entreprises s’y sont implantées. Chiffre d’affaires cumulé : 50 millions d’euros. Nombre d’emplois créés : 330, sans compter les nombreux intermittents. A deux pas de là, le taux de chômage chez les habitants de la cité atteint des sommets : environ 60%. Ces naufragés de l’emploi n’ont pas droit d’asile au sein du nouveau fleuron économique béglais. « Yves-Farge, c’est ici. Les Terres Neuves, c’est là-bas« , constate une locataire du bâtiment G. « De nombreux habitants travaillaient au centre de tri, à la verrerie ou à Oxymetal. Désormais, il n’y a plus rien. On ne va certainement pas se reconvertir en intermittent du spectacle. Ce qui s’y fait, ce n’est pas pour nous. »

« C’est positif pour l’économie de la ville, tempère son voisin de palier. Sauf que nous, on nous a peut-être oublié. » Les gérants du seul lieu ouvert le soir dans les BT, le restaurant italien Le Fellini, sont très clairs : s’ils se sont installés ici, c’est pour les employés des entreprises de l’économie créative et du futur Pôle Image des Terres Neuves. Pas pour les habitants du quartier. Les organisateurs des « Rendez-vous des Terres Neuves » ont bien essayé d’aller à leur rencontre, mais « l’interaction n’a jamais pu se faire« .

S’ils veulent gagner leur vie dans les BT des Terres Neuves, les habitants d’Yves Farge devront-ils devenir des figurants professionnels,  comme Abdelkader, déjà choisi pour les seconds-plans de « Section de recherche » et pour un épisode de « La maison des Rocheville » ?

Jérémy MARILLIER