Les Terres Neuves seront minérales

L’opération de renouvellement urbain semble avoir raté le coche de la rénovation verte. Si la ville se défend de faire un éco-quartier, certains acteurs regrettent le manque de concertation entre urbanistes et spécialistes de l’environnement.

Les paysagistes ont été sollicités trop tard. Ils n'ont pas su faire évoluer le projet vers moins de minéralité. Photo Thomas Bartherote

Maire de Bègles depuis 22 ans, Noël Mamère est le chantre de la cause écologique à l’Assemblée nationale et arracheur de pieds d’OGM. On pouvait attendre de lui un laboratoire d’urbanisme écologique du côté de Yves Farge. Comme d’autres expériences concluantes en France et en Europe, à l’image de la ZAC de Bonne de Grenoble, le Bedzed de Londres ou Hammarby Sjöstad à Stockholm. Là-bas, panneaux solaires thermiques, espaces verts, logements sociaux et consommation énergétique minimale semblent avoir trouvé le bon équilibre. Pas aux Terres Neuves, où le saupoudrage environnemental a pris le pas sur une véritable ambition écologique. Même si le maire défend son point de vue :

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Une politique totalement assumée par l’adjoint à l’urbanisme, M. Surlève-Bazeille : « Ce n’est pas parce qu’on est maire de Bègles et qu’on s’est présenté en 2002 pour être président de la République en défendant les Verts qu’on va faire des éco-quartiers partout ». Il n’est pas un Vert. Son discours surprend mais il l’assume et défend un projet « plus minéral » aux Terres Neuves. « Est-ce que dans le fond, le bonheur ineffable c’est d’avoir de l’herbe partout ? » L’homme semble loin des préoccupations écologiques. Biologiste à la retraite, c’est lui que le maire a délégué à la rénovation de la ville. Soit 40 % du territoire. « La nature est gentille mais ce n’est peut-être pas non plus la panacée », insiste-t-il.

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Une chaufferie biomasse est envisagée mais reste à l’état de projet : « c’est pas gagné », lâche l’adjoint à l’urbanisme. « Quand le maire dit qu’il veut que les 700 logements soient chauffés avec la biomasse… il faut trouver les entreprises, ce qui n’est pas évident. » Surlève-Bazeille avance l’argument prévisible et souvent évoqué du « surcoût » que peut représenter une telle rénovation : « on doit rentrer dans les clous d’un budget ».

L’essentiel des constructions sont labélisées « HPE » (Haute performance Energétique), ce qui correspond à une consommation inférieure à 10% de la consommation conventionnelle de référence. Ce label est décerné par un organisme de certification privé, le Cerqual. Sur sa plaquette officielle, le Cerqual place le label HPE au plus bas en terme de performance énergétique, loin derrière le label BBC (bâtiment basse consommation), le plus performant. La partie sud de l’opération de renouvellement urbain (ORU) reste la plus écolo. 49 logements BBC y sont construits et des noues (des fossés enterrés qui recueillent l’eau pluviale et facilitent son infiltration) y ont été intégrées.

« Les architectes travaillent dans leur coin »

Quid des espaces verts et de la biodiversité ? Un bureau d’étude a bien été contacté. Une architecte paysagiste aussi. Mais tous tirent dans le même sens. Leur consultation est intervenue après lancement du projet de Michel Cantal-Dupart et Tania Concko, ils ont donc agi avec leurs moyens sur un projet déjà lancé. Minéral, le projet.

Françoise Gross est ingénieur écologue et dirige le bureau d’étude Rivière Environnement, basé à Bègles. Elle est intervenue sur les questions de gestion de l’eau et de la végétation, pour lesquelles elle a produit un cahier de préconisations. A l’heure actuelle, elle ne sait toujours pas dans quelle mesure elles seront suivies, mais nourrit quelques regrets sur le projet : « Nous avons été appelés très tard. Les choix d’un certain nombre de maîtres d’œuvres avaient déjà été faits sur la rénovation globale. C’était minéral, et on n’a pas pu le faire évoluer. » Elle regrette aussi l’absence de réunions pluridisciplinaires ou urbanistes, paysagistes, écologistes, sociologues et architectes auraient pu concevoir un projet commun.

Sabine Haristoy, architecte paysagiste à Bordeaux, a participé au projet d’aménagement des espaces verts. Elle déplore également ne pas avoir pu intervenir plus tôt. Pour elle aussi, le problème se situe en amont : « J’ai travaillé à Paris et en région Rhône-Alpes, et quand je suis arrivée en Aquitaine, j’étais surprise. Ils font systématiquement appel à des architectes urbanistes, alors que des paysagistes urbanistes pourraient très bien concevoir un plan d’ensemble. Le projet de Tania Concko était minéral, et on nous a bien fait comprendre qu’il fallait se calquer sur elle… » Elle pointe à son tour le manque de communication : « Les architectes travaillent dans leur coin, et les budgets sont tellement serrés qu’ils se moquent bien de l’endroit où pourront se poser les chauve-souris ! » Minéral, on vous le répète.

Lucie Ibos, responsable des espaces verts à la ville de Bègles, revendique une politique d’ouverture du quartier vers les autres espaces verts de la ville. La biodiversité sera donc… ailleurs, du côté des 15 hectares du parc de Mussonville par exemple. Si les habitants veulent de la verdure, ils n’ont qu’à prendre le tram…quand la ligne sera prolongée. « Ce n’est pas loin. Il faut travailler la communication, la signalétique, orienter les gens, les aider à aller prendre du bon temps là-bas », explique Lucie Ibos. Jeunes mamans, sportifs en herbe et vieux boulistes, à bon entendeur, salut.

Boris MASSAINI