Tout à coup, un grand nettoyage

La présence de camions et tractopelles dans les rues d’Yves Farge et des Terres Neuves n’étonne plus depuis longtemps. Pourtant, les 2 et 3 novembre s’étaient glissé quelques véhicules affectés à une tâche plus inédite : « l’opération nettoyage ». Initiateurs : la mairie de Bègles et la Saemcib. Acteurs : trente hommes pour trente tonnes de mauvaises herbes à débroussailler, de gravats et de détritus à ramasser. Armes de prédilection : rotofils, tondeuses, mini-pelles, balayeuses et souffleurs de feuilles.

Sur les 30 tonnes de déchets, plus de trois tonnes de végétaux ont été ramassées. Photo ML

« On a ramassé une douzaine de pneus, du fer, des panneaux de signalisation, des bidons d’huile, des batteries, des pare-chocs de voiture… » énumère Michel Lamare, chef d’équipe chez Arcins Environnement Services, l’une des trois associations béglaises d’insertion professionnelle appelées à la rescousse pour un nettoyage express. Rapidité et efficacité : des morceaux de pierre traînent dans les broussailles, un petit tracteur les dépose directement sur le tas de gravats de l’ancienne Tour E. A charge pour les ouvriers du chantier de les trier (lire l’article sur le tri des gravats).

« Un clin d’œil de propreté »

Le quartier en avait besoin. Impossible de ne pas voir les herbes folles, parfois hautes d’un mètre, qui avaient investi la zone. « Vu l’état des lieux, ça n’avait pas été fait depuis trois ou quatre ans », estime Michel Lamare. Lucie Ibos, responsable du service Environnement de la mairie de Bègles, rectifie : « Non, pas quatre ans, mais depuis l’année dernière. » Assez longtemps en tout cas pour que le maire Noël Mamère s’en agace : « J’en ai eu marre, en passant avec ma bicyclette, de voir les trucs s’amonceler. On est parti d’un constat simple : sachant ce que les habitants endurent, il faut que le cadre autour d’eux soit moins choquant. »

Lucie Ibos parle de « clin d’œil de propreté ». Un clin d’œil, comme un flash, qui saute aux yeux, éblouit puis disparaît aussitôt ? Mais « il y aura un suivi de la part de la Saemcib », assure la responsable. Une Saemcib pourtant déjà chargée de l’entretien du patrimoine… qui s’est séparée de son équipe de jardiniers. Si elle sous-traite à l’association Réagir le ramassage des petits détritus et des encombrants, le désherbage et l’élagage n’ont plus été assurés depuis. « La Saemcib va lancer un appel d’offre en janvier 2011. Ce contrat assurera l’entretien régulier des espaces verts », annonce Mokhtar El Aouni, responsable technique de la Saemcib.

« Il y a quelque chose de suspect »

Sur le terrain, le mystère plane. « Ici, d’habitude, on n’intervient jamais », explique Yanat Nazim, d’Arcins Environnement Service. Habitué à travailler dans d’autres quartiers de Bègles, le jeune homme s’étonne et ne semble pas très informé : « J’ai croisé un des responsables de la mairie. Je pense qu’ils veulent faire un grand nettoyage. Pourquoi ? Je saurais pas dire. » Il n’est pas seul à s’interroger. Son collègue Michel Lamare est dubitatif : « Il y a quelque chose de suspect, on nous a tous demandé d’être là aujourd’hui, alors il y a peut-être une inauguration, quelque chose, on sait pas. »

Un peu plus loin, un autre Michel, la cinquantaine, occupé à « ramasser les papiers, quelquefois les mégots, les bouteilles, un peu tout », expose sa théorie : « Je pense qu’il y a quelqu’un d’important qui va passer… » Surgit alors du coin de la rue Walid, un employé municipal, qui dément et répète les consignes : « Il faut que ce soit un chantier modèle ! » Pourquoi ces deux jours spécialement ? « D’un coup, ça faisait trop sale, on s’est rendu compte. Sûrement qu’il y a des gens qui ont un peu gueulé. On peut pas vous dire, nous, pourquoi on intervient. Faut nettoyer, c’est tout. » Sur son gilet vert fluo, un autocollant : « Je n’aime pas qu’on me fasse la morale ».

Avant/après : derrière le city-stade. Photos Thomas Bartherote et ML

Avant/après : entre deux BT. Photos Anaïs Crouzet et ML

Avant/après : derrière les maisons Bühler. Photos AC et ML

Maéva LOUIS et Julie URBACH