Le bal d’halloween et les fantômes d’Yves Farge

Pour fêter halloween, les collégiens de Bègles avaient rendez-vous vendredi dernier salle Deltey. Le bal est interdit aux grands qui s’approchent, c’est une des rares soirées de l’année où les 11-16 ans sont entre eux, en terrain neutre.

Dans la salle Deltey, Nadjim et Laurenne, animateurs complices du Point Accueil Jeunesse (PAJ) d’Yves Farge, ricanent en se toisant : « Eh la sorcière, t’as pas une photo de ta grand-mère pour comparer ? » Les adultes des autres structures jeunesse de la ville n’ont pas meilleure mine. Dracula et son acolyte déguisé en faucheuse dansent le mia devant un collègue avant d’aller jouer les videurs énervés à l’entrée du local. « Oh Kader, la tronche ! », un jeune a reconnu l’animateur et le charrie avant de lui donner l’accolade.

Une fille d’Yves Farge rejoint sa bande à l’extérieur : « Regardez, je suis déguisée en Américaine !» Elle se pavane en survêt rose, la casquette à moitié vissée sur des tresses noires, pendant que ses copines valident le style dans un éclat de commentaires. Habillés pour sortir, plutôt complet Adidas que déguisement d’halloween, les 11-16 ans déambulent en petits groupes du bahut, entre la piste de danse et le bar sans alcool. Dehors, des filles de 4e attendent une retardataire. Même collège, différents quartiers, elles viennent de la gare et du Haut-Verduc. « Les jeunes de Bègles, on forme un groupe. Bon parfois y a des bouges, des embrouilles, mais on se fréquente tous, de tous les quartiers, Dorat, Haut-Verduc, Maurice Thorez, la gare, Mussonville… » Et Yves Farge ? « Quelques-uns mais pas gavé, on les voit pas, on n’y va pas. Moi j’ai même pas le droit d’y aller, lâche Léa, la plus causante. Y a trop d’histoires, pour les nanas c’est lourd. »

A côté d’elles, des 5e du collège Berthelot sont adossées aux barrières qui protègent de la rue. Une brune aux airs de citadine trouve qu’à Bordeaux les habitants restent trop dans leur coin. « Ici, c’est mieux, on se mélange. » Elle est bordelaise mais ses parents l’ont inscrite à Bègles au collège, par commodité. « Quand même, je traine pas trop ici, quand je veux bouger, je reste en ville. » Dans son groupe, une fille du quartier, jolie et pas timorée, parle fort : « Les tours ça manque. C’était ça la cité. Yves Farges de toute façon y a rien à faire. Y a un terrain de foot et voilà. A part le PAJ, y a rien. Alors on traine en bande avec des potes, on fait des conneries, on fout des pétards partout, et voilà. »

Le tramway a un peu changé la donne. Pendant les vacances de la Toussaint, les filles vont souvent à la foire des Quinconces. Elles sont plus mobiles que leurs aînés. Ceux-là restent au quartier, sans boulot, sans loisirs. Sur les coups de 21h, un groupe justement apparaît aux barrières. Ils ont entre 16 et 20 ans et prennent à parti les animateurs. « Appelez ma sœur, dites-lui de rentrer, ma mère veut pas qu’elle sorte ! » Dracula et la faucheuse déchantent un peu. Les pourparlers vont durer quelque temps. Le plus jeune ouvre un coin de barrière pour essayer de rentrer dans la salle pendant que les autres font bloc devant les animateurs. Mais la soirée est réservée aux collégiens. Ils ne peuvent pas rentrer. Nadjim, du PAJ d’Yves Farge, regrette mais explique : « On ne peut pas organiser de soirées pour les grands. Avec l’alcool on ne pourrait pas les gérer. Ils font rarement des soirées entre eux, il me semble. Ils sont inactifs, ils traînent, c’est compliqué pour eux. »

Olivia DEHEZ