Agnès : trop de mulots, trop de travaux

Le soir, derrière les claire-voies de bois nouvellement construites du bâtiment B, Agnès passe un grand moment à discuter avec ses filles et les amies de ses filles. Candys, la petite dernière de cinq ans, fait partager à tous sa bonne humeur et son énergie dont elle est une source visiblement inépuisable. Agnès quitterait bien son T5, qu’elle occupe depuis neuf ans avec quatre de ses enfants : trop petit, trop de mulots, trop de travaux, ambiance de quartier un peu lourde. Mais ce n’est pas au programme. Elle n’a pas les moyens. Et puis de toute façon, elle est bien mieux ici qu’à la campagne, où elle habitait avant, avec son ancien mari. « C’était un cauchemar. La moindre boulangerie était à 20 km, et on n’avait pas de voiture. » Alors, elle reste, elle supporte les mulots et les travaux. Et il ne faut pas se voiler la face, le prétendu esprit de solidarité qui existerait dans le quartier est une fable : « Ici, tu es respecté quand tu as du fric, quand tu as ta place au bas de l’immeuble. Sinon, ça peut devenir invivable. »

Olivier LAFFARGUE