« Le stationnement, c’est la merde »

Les voitures se perchent sur les trottoirs autour de la résidence de la rue Belle Rose

Résidence de la rue de la Belle Rose, vers 17 heures. Au pied des logements, pas de places de parking. Les voitures sont arrêtées n’importe comment sur les trottoirs. Depuis le lancement des nouveaux chantiers, depuis un mois, les habitants ne savent plus où se garer.

« C’est aberrant ! », se désole Emilia Martins, l’une des locataires. « En ce moment, les deux rues qui nous entourent sont en travaux et du coup, c’est très difficile pour nous ! Pourtant, on nous avait promis des parkings ».

« Il y en a des places dans le quartier, précise André Lassansaa, directeur de la SaemcibLes permis de construire obligent à ménager des places de parking pour les logements neufs. Une place par logement. On a obtenu l’accord pour qu’on les déplace dans les rues adjacentes. ». En guise de places de parking, des emplacements accessibles à tous. Souvent occupées par des non résidents, ces places de stationnement ne semblent pas suffire. En particulier pour les occupants des appartements du rez-de-chaussée réservés aux personnes âgées et aux handicapés. M. Traissac, par exemple : « Ma femme est en fauteuil roulant, et c’est un vrai problème ! On doit se garer au bout de la rue, c’est vraiment pas pratique du tout. Avant qu’on s’installe, ils le savaient, à la mairie, que ma femme était handicapée, mais ça n’a rien changé. »

Responsable d’opération à la Saemcib, hiérarchiquement sous M. Lassansaa, M. Ngo Si Xuyen concède, gêné, qu’ils avaient négligé cet aspect : « Avant, il y avait des friches industrielles ici. Pas ces nouveaux bâtiments. Du coup, il n’y avait pas de problèmes pour se garer. Quand on a construit, on n’a pas prévu de parkings. Maintenant, on se rend compte de la nécessité de créer des places… » La Saemcib a lancé les travaux de construction d’un parking de 245 emplacements à proximité, au bout de la rue du Maréchal-Foch qui devraient se terminer en 2012. Il sera temps. « Pas un parking payant, assure M. Ngo Si Xuyen, mais on va augmenter les charges locatives quand il sera fini. »

Inadmissible pour les résidents. « Dans la tour E, où je vivais avant d’être relogée, il y avait un grand parking gratuit », raconte Mme Martins. « Je condamne le fait qu’on nous fasse payer. Ils parlent de 30 euros par mois, c’est énorme pour nous. » Quant à M. Traissac, il précise : « L’arrivée de ce parking ne réglera pas mon problème. Il est trop loin. Je n’irai pas m’y mettre. Ça ne sera absolument pas pratique pour ma femme. »

Manifestement, le temps de la gratuité est révolu. André Lassansaa a une opinion très claire qui va au delà de l’urbanisme, et des problèmes de stationnement : « J’ai un principe général : pourquoi les choses seraient-elles gratuites ? Nous sommes dans une société où on trouve la gratuité normale. Je vois des jeunes venir ici, ils cherchent un logement et je leur demande : « Mais tu travailles ? » Ils me disent non. « Comment tu vas payer ton logement ? » « Ma copine est enceinte donc il faut qu’on ait un logement. » Je dis : « Attends, on peut te donner un logement si tu travailles et que tu peux payer ton loyer ». Des propos surprenants dans la bouche d’un bailleur social. En guise de solution, M. Lassansaa préconise l’usage des transports en commun. La CUB y travaille aussi : après avoir acheminé le tramway aux portes du quartier en 2008, elle prévoit de prolonger le tracé à travers les Terres Neuves jusqu’au centre-ville de Bègles.

Peu enclins à abandonner leur voiture, les habitants de la résidence devront payer. L’élimination totale des quatre roues est « utopique, reconnaît M. Lassansaa, qui continue sur sa lancée. En même temps, si on continue à consommer autant de carburant avec des bagnoles individuelles, on génère de la pollution qu’on ne maîtrise pas. Je sais bien que dans les quartiers populaires, la voiture, c’est vraiment l’image de la représentation sociale. On n’a rien d’autre. Mais maintenant, on a la voiture, l’écran plasma, et le frigo américain en plus. On se dit qu’on ne fait pas partie des pauvres parce qu’on a sa bagnole et son frigo ».

De la sociologie de haut niveau. On ne l’arrête plus, M.Lassansaa, dès qu’il enfourche ses chevaux de bataille. « La rue, pendant un temps, les gens considéraient que c’était un espace où les chiens pouvaient faire leurs merdes, ça leur semblait normal. C’est un espace qui appartient à tout le monde. Moi, je pense que la voiture, c’est un peu la merde d’aujourd’hui, une merde dont on a besoin. Ça a été un outil de liberté colossal, maintenant c’est devenu une merde qu’on doit gérer. » Des propos qui n’engagent que lui.

Maud RIEU