La facture salée des relogés d’Yves Farge

«Il n’y a eu aucune augmentation de loyer en lien avec les opérations de renouvellement urbain» c’est ce qu’affirment Fabien Guillot, le directeur de la gestion locative, et tous les responsables de la Saemcib. Sur le terrain, les locataires ne partagent pas ce constat.

La Saemcib assure que les charges ne dépassent pas 90 euros aux Prés Lacoste. Mais les chiffres témoignent du contraire


C’était l’objectif prioritaire de la mairie : reloger tous les habitants touchés par la démolition des bâtiments de la cité Yves Farge. Et la mission est réussie. Plus de 130 familles ont retrouvé un toit dont la moitié dans des résidences neuves ou construites il y a moins de cinq ans. « Il reste encore quelques aménagements ici et là, mais nous avons rempli notre contrat » se réjouit Fabien Guillot.

Mais pour beaucoup d’habitants, les dépenses mensuelles ont augmenté. Et certaines situations individuelles font froid dans le dos comme le confie Anny Lartigue, l’élue des locataires qui siège au conseil d’administration de la Saemcib : « Certaines familles ont demandé à être mutées car elles ne pouvaient pas assumer le coût de leur nouvel appartement. Et tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. J’ai défendu le cas d’une personne pour qui le loyer avait augmenté de 100 euros dans sa nouvelle résidence. J’ai réussi à le ramener à un montant identique à celui de son ancien immeuble. Mais ceux qui ne se sont pas défendus n’ont pas cette chance. »

Pour Fabien Guillot et le maire de la ville, Noël Mamère, « chaque dossier a été étudié avec une conseillère du CCAS et les hausses de loyer ont été compensées par une hausse des allocations pour le logement (APL). Le surcoût éventuel pour le locataire n’excède pas les 10%. Et tous ceux qui n’en bénéficiaient pas étaient d’accord avec la proposition de relogement ». C’est peut-être surestimer le fonctionnement des aides sociales qui réajustent effectivement leur montant en fonction du loyer, mais pas à hauteur de l’augmentation. D’autant que le système fonctionne par tranches : un nouveau loyer ne signifie pas forcément une APL plus élevée.

Qu’en est-il des charges ?

La baisse des charges de la Saemcib et de meilleures performances énergétiques devaient également diminuer le coût des nouveaux logements. « Nous ne sommes pas sûrs de ça du tout, conteste Anny Lartigue. Dans les maisons Buhler par exemple, l’eau et le chauffage sont maintenant individuels. Vos murs donnent sur l’extérieur et vous chauffez plus que dans une tour où la chaleur des appartements voisins se diffuse ». Les charges baissent donc, mais pas la part des dépenses consacrées au logement dans le budget de chaque ménage. Pour le directeur de la gestion locative, les factures individualisées « sont un moyen de ne payer que sa consommation, et non celle des autres. Occuper un logement seul ou à cinq ce n’est pas quand même pas pareil».

Les personnes relogées aux Près Lacoste font face à un problème d’une autre nature : « Il y a dans les nouveaux immeubles, des nouveaux services à payer. Je pense notamment aux ascenseurs, détaille Fabien Guillot. Mais de mémoire, les charges maximales sont de 90€ il me semble ». Sa mémoire est défaillante : M. Morret qui habite au rez-de-chaussée, s’acquitte de 158 € de charges par mois. Son loyer a augmenté de 90€ et il paye en plus ses factures d’eau, d’électricité et sa place de parking.

Même surface, enfin pas tout à fait…

Les locataires ont également l’impression de payer plus cher au mètre carré. Pour les reloger, la Saemcib a pris en compte la surface habitable de leur appartement d’origine et non la surface corrigée : celle qui prend en compte toute la surface au sol, les pièces annexes (cellier, dressing…) et des éléments de confort (baignoire, gaz…). Jusqu’à 30 mètres carrés pour certains. Une transition d’autant plus difficile qu’ils ont du se débarrasser d’une partie de leurs meubles pour emménager. Du côté du bâtiment B, la suppression des caves – qui ne faisaient pas partie du contrat de location et doivent accueillir des commerces de proximité – est compensée par la création d’une loggia. Mais celle-ci augmentera la surface des logements et donc… les loyers !

Florent CUSTODIO

Voir aussi Relogés, oui, mais, à quel prix ?