Les créatifs des Terres Neuves : moteur !

Le BT 51 est un passage obligé pour les entreprises qui débutent aux Terres Neuves

Des regroupements

Ce n’est pas parce qu’elles sont sur le même territoire que les entreprises des Terres Neuves se marchent sur les pieds. Ni parce qu’elles jouent dans la même cour (pour faire simple : la communication) qu’elles sont amies. Elles affichent leur nom sur les façades des BT… Antipode, Grand angle, Utram, Atomic production, Carat, FG Design… Elles produisent des films et des documentaires, de la musique, fournissent du matériel pour des groupes, envoient des journalistes dans le monde entier. Elles sont 60 entreprises logées dans 4,5 hectares et regroupées dans une quinzaine de bâtiments. Elles emploient plus de 300 collaborateurs, sans compter une armée d’intermittents. Elles ne comptent pas moins de cinq maisons de production. Toutes ensembles, elles génèrent, paraît-il, un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros.

Des aventuriers

Loin d’être des satellites, les entreprises autour, qui travaillent dans le monde du son, de la lumière ou de la communication, jouent un rôle essentiel dans la réussite du projet. Ce lieu original a fait le pari d’allier économie et culture. Il s’est constitué petit à petit, par le bouche à oreille. « On a tous été des aventuriers dans cette implantation aux Terres Neuves », confie Didier Soumaille, directeur de FG Design, amoureux d’architecture et de dessin, qui a investi le rez-de-chaussée du bâtiment 14 il y a six ans. « Pour l’instant, l’adresse n’est pas une adresse de prestige mais ça va venir. Ce ne sont que les prémices, ça commence à prendre de la valeur ». Et d’ailleurs, la construction d’un pôle image, avec des studios de cinéma est prévue dans les années à venir.

Des délais de plus en plus courts

« Synergie », voilà un mot que l’on retrouve sur toutes les lèvres lorsque l’on interroge ces chefs d’entreprise. Ils ne sont pas arrivés là par hasard. Ce projet de pôle audiovisuel, ils y croient. Ils ont des rapports privilégiés entre eux. Ce sont des hommes et des femmes dont les chemins se croisent et qui s’apprécient professionnellement. Pour Aude Barre, de l’agence de communication « Les points sur les A », « ça simplifie énormément les choses de travailler avec les voisins. On a des délais de plus en plus courts. La proximité est un avantage. C’est comme un partenariat inter-entreprises ». Cela bénéficie plus à certains qu’à d’autres. « La force des Terres Neuves, c’est de créer un cluster [un regroupement d’intérêts communs, NDLR]. On se rend des services, on échange du matériel. Si on a besoin de faire quelque chose sur l’audiovisuel, c’est là », s’enthousiasme Nicolas Bonnet.

Des coups de main

Le Studio Carat est le premier arrivé aux Terres Neuves et aussi le plus gros fournisseur de matériel.

Bonnet a notamment fait appel à Utram comme moyen de diffusion et a commandé un lot de DVD à son voisin de pallier. Il aimerait que ce partage aille plus loin, pourquoi pas grâce à une gestion commune avec un site internet ou un secrétariat, ou même une agence d’hôtesses d’accueil. Les BT sont construits en enfilade, parfois sans réelle séparation entre différentes entreprises qui travaillent en open space, comme c’est le cas pour le photographe Paul Robin et « Les points sur les A ». Seuls Hervé Moison du studio Carat et Hervé Corbière d’Antipode, les premiers arrivants sur le site, préfèrent marquer un bémol. « Le site est sympa. Vu qu’on est plusieurs boîtes de production, on peut se filer des coups de main mais on peut aussi être concurrents. C’est intéressant d’avoir ici des gens dans le métier et qui ont le matériel adapté. Mais toutes les synergies ont leurs limites. Certes, on a un rayonnement régional, mais pour ce qui est de la clientèle, ça ne m’apporte rien ».

Des espoirs inébranlables

A plus grande échelle, le projet des Terres Neuves avait également pour but de développer une mixité sociale. Le contraste entre les barres d’immeubles et les BT reste pourtant saisissant. Les entrepreneurs des BT ont une vision claire de la réalité. Malgré plusieurs tentatives, ils reconnaissent ne pas vraiment avoir l’occasion de se mêler aux habitants. « C’est difficile de gérer en parallèle du social et des entreprises privées », affirme Hervé Corbière. Il a connu des périodes de doute mais ses convictions sont restées les mêmes : « Nous, on a été cambriolés mais c’est comme partout. J’ai pas envie d’un truc à l’américaine, grillagé et avec des gardiens. Mais bon, il faut quand même faire la part des choses. A 20 heures, ça redevient Yves Farge. Les gens des BT sont partis. Mais ce n’est pas un coupe-gorge. Ça s’améliore avec le temps »

Anaïs CROUZET et Chloé MANSEAU