Projet King Kong : des locataires en colère

Les locataires du bâtiment B, en réhabilitation depuis le printemps 2009, n’en peuvent plus. Projet architectural qui ne correspond pas à leurs attentes, bruit, malfaçons, mauvaise communication de la Saemcib,  le mécontentement va grandissant.

Pour les locataires du bâtiment B, la façade en bois ressemble à des cages à poules. Photo Olivier Laffargue

Dans le quartier, certains appellent cette façade en bois, la burqa. « Au moins les barreaux, qui n’étaient pas prévus au début, nous cacheront des regards extérieurs », tempère Hervé*. Quant au bois, censé réguler la température des logements, les habitants « n’y croient pas ».

Du quatrième étage, Élisabeth a une vue plongeante sur la terrasse de ses voisins d'en-dessous. Photo TM

« On nous avait promis une nouvelle pièce à vivre. Résultat, on se retrouve avec un balcon d’à peine 8 m² », regrette Marie, une locataire du premier étage. Une déception. « D’autant plus qu’il y a des zones de terrasses qui ne sont allouées à aucun logement. Si c’est pour les pigeons, ils vont être heureux. » La taille des futures terrasses n’est pas le seul point de désaccord. De la fenêtre d’un appartement, on a vue sur la terrasse des voisins. « On n’aura aucune intimité », déplorent-ils tous en chœur. D’autant plus que les sols des terrasses sont à claire-voie : « Moi, je dirais aux femmes de ma famille de ne pas mettre de robes. On verra tout à travers les interstices du sol », s’amuse Élisabeth.

Depuis une année, les habitants vivent au son du chantier. Photo TM

Le bruit des pelleteuses, de la grue, des marteaux-piqueurs assourdit les habitants. « Je l’ai mesuré un matin, le son montait jusqu’à 280 décibels », raconte Hervé. « Pour moi qui travaille la nuit, c’est un enfer. Un jour, je suis devenu fou. » « On a demandé si c’était possible de ne faire du bruit que l’après-midi », raconte Marie. Pas de changement. « On a demandé un local, isolé, au calme. Au moins pour les personnes âgées », embraye Brigitte. Pas de réponse. En attendant la fin des travaux, les locataires doivent se contenter des « On vous comprend » de la Saemcib.

L'électricité a été remise aux normes, les fenêtres remplacées mais les finitions bâclées. Photo TM

Lino arraché, tapisserie décollée, murs troués, … les appartements ont été visités par des ouvriers pas toujours très délicats. Hervé s’emporte : « Un électricien, qui remplaçait une prise électrique, a arraché ma tapisserie. Je lui demande comment je fais, il me répond que je n’ai qu’à récupérer un bout de tapisserie derrière un meuble. Je l’ai foutu dehors ». Élisabeth en est réduite à combler avec de l’essuie-tout les trous dans les murs qui laissent rentrer l’air frais. Sans parler du néon de la salle de bain qui a été posé à 50 centimètres à gauche du miroir et du lavabo.

Elisabeth a dû acquérir un petit escabeau pour ouvrir la fenêtre de sa cuisine. Photo TM

Les habitants vivent très mal la suppression des volets. « On nous a dit qu’on était trop bête pour en avoir », témoigne Élisabeth, très irritée. Du coup, certains d’entre eux ont conservé les anciens volets qu’ils posent contre leurs fenêtres, chaque soir. La Saemcib a promis aux locataires des rideaux occultant. « Mais de quelle couleur, on ne sait pas. A priori, on ne pourra pas choisir. On parle de gris, de blanc-cassé, de magenta. J’espère que ça ira avec mon intérieur », raconte Sarah.

Les habitants ont perdu leurs caves du rez-de-chaussée. Elles vont devenir des commerces et des bureaux. Photo TM

Les caves ont été supprimées. « Elles sont pourtant dans le bail », indique Sarah. « C’est vrai qu’il y avait quelques jeunes qui restaient en bas. Mais ils ne m’ont jamais posé de problèmes. Une fois, il y avait un jeune bourré et nu dans la cage d’escalier. J’ai appelé les flics et ils sont venus le déloger », explique Brigitte. « On nous a promis un local pour entreposer les vélos », en attendant, ils sont dans des containers. « Et même sans cave, les charges ont augmenté », assène Sarah.

Les locataires fustigent l'attitude de la Saemcib qui ne les tient pas au courant de l'avancée des travaux. Photo TM

« Ils pourraient nous laisser des mots dans les boîtes aux lettres, prendre rendez-vous avec nous. On veut des informations précises. » Les locataires doivent se contenter de lettres, plutôt vagues, affichées dans les halls. « Signées de la main de Lassansaa, mais on ne le voit jamais, lui », s’indigne Hervé. « Patrick », le conciliateur de la Saemcib chargé d’informer les locataires, n’est en poste que depuis une semaine. Et de son propre aveu, il ne maîtrise pas les tenants et aboutissants du chantier. Il ne peut que se retrancher derrière des « C’est les travaux, c’est normal, c’est la réhabilitation ».

« Ce sont autant de détails qui font déborder le vase », conclut Élisabeth. « Heureusement qu’on s’entend bien entre voisins. Il aura fallu les travaux pour qu’on se parle plus. » Les locataires du bâtiment B ne veulent plus se laisser faire. Ils réfléchissent à l’idée de créer un collectif qui leur permettrait de mieux se faire entendre.

Thomas MONNERAIS

*A la demande des locataires, les prénoms ont été changés.

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